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Ouverture du festival Photomed

Sanary - Culture vendredi 19 mai 2017

L'inauguration de la 7ème édition du festival Photomed s'est déroulée jeudi après-midi. C'est Philippe Sérénon qui a ouvert ce nouveau rendez-vous international dédié à la photographie, entre découvertes et redécouvertes avec les pays méditerranéens en toile de fond. Aux côtés de Ferdinand Bernhard il a remercié la commune, les partenaires et bien 1psûr les artistes, en rendant hommage également  à Gérard Rondeau, disparu l'été dernier. Cette année le public pourra découvrir le travail d'Hélène David et de Flore (Maison Flotte), d'Hans Silvester (Allée d'Estienne d'Orves), de Michaël Duperrin (Atelier des Artistes). Un hommage est rendu à Gérard Rondeau  à la Barthélémy de Don. A Bendor, c'est Sophie Zénon qui expose et à Toulon le travail du célèbre photographe Bernard Plossu est à découvrir à l'Hôtel des Arts, et celui de Zineb Sedira au Liberté.

Joa

Présentation des photographees par l'organisation du festival:

Maison Flotte: Hélène David
Noces ou les confins sauvages est un récit photographique.
«Le grand libertinage de la nature et de la mer qui m’accapare tout entier» nous dit Albert Camus en 1936 dans Noces à Tipasa. Au départ du projet, la photographe Hélène David identi e dans cet essai, une expérience intime de la mer Méditerranée, peut-être partagée. « Ici aussi, aux portes de la ville, les corps se déploient, consentent à devenir perméables aux différents éléments, aquatiques, végétaux, minéraux ou organiques. Tous ces acteurs incarnent un récit fabuleux et contemporain de notre littoral. »  Au cours de l’exposition, l’auteur nous convie à une traversée sensorielle du trait de côte, zone tampon entre les mondes. Ses images interrogent les interactions entre humains et non-humains, les frontières entre sauvage et péri-urbain. Une invitation à porter un autre regard sur cet espace vulnérable.  Si le projet s’ancre principalement sur le littoral de la métropole marseillaise et dans le Parc national des Calanques, c’est le premier chapitre d’un travail plus vaste sur le littoral méditerranéen, autour de la relation dans le vivant de part et d’autre de ses rives. Noces et les con ns sauvages est aussi un ouvrage édité par Sun/Sun, à venir à l’automne 2017.  La Méditerranée est un monde en crise, au carrefour de fragilités sociétales et environnementales.
L’appauvrissement de la terre et de la mer menace l’avenir des hommes qui la peuplent, creusant un peu plus les inégalités Nord- Sud. Face aux changements climatiques, aux pollutions et à l’urbanisation massive, le littoral est un espace sous pression. Dans cette période de tensions, les contributeurs de ce projet souhaitent œuvrer pour une qualité de la relation entre les hommes et leur environnement. L’auteur invite à reconsidérer le paradigme séparant la nature de la culture.  Hélène David a puisé dans sa pratique de la photographie documentaire pour nourrir un travail poétique qui questionne les4pho relations des hommes à leur environnement. Au cours de ses travaux documentaires, Hélène a séjourné dans l’Arctique avec les Inupiaks d’Alaska et a embarqué régulièrement en haute-mer pour sa série Marins. De ces expériences immersives, elle tire d’autres manières d’identi er l’être en relation à la nature. Nourrie par la philosophie de l’écologie et par les œuvres du Nature writing, elle souhaite aujourd’hui interroger les différentes façons dont les humains entrent en relation avec le sauvage. La série Les con ns sauvages, en cours, explore l’imaginaire et les représentations du vivant en Méditerranée. « Au cours de ses travaux documentaires, Hélène a séjourné dans l’Arctique avec les Inupiaks d’Alaska et a embarqué régulièrement en haute mer pour sa série Marins. De ces expériences immersives, elle tire d’autres manières d’identifier l’être en relation à la nature. Nourrie par la philosophie de l’écologie et par les oeuvres du Nature writing, elle souhaite aujourd’hui interroger les différentes façons dont les humains entrent en relation avec le sauvage. La série Les con ns sauvages, en cours, explore l’imaginaire et les représentations du vivant en Méditerranée. Avec le collectif Argos, le projet Réfugiés climatiques a été exposé au sommet mondial pour le climat à Copenhague, au festival Photo La Gacilly et à la BnF site François Mitterrand. La série Marins a été présentée au Festival international de la photographie maritime (Vannes), au festival Étonnants Voyageurs de Saint-Malo et publiée dans la presse internationale. Elle développe aussi ses projets pour les écritures numériques comme Sportifs, petites discussions avec la douleur, série web avec Radio France.  Son travail documentaire sur le littoral des Calanques fait l’objet d’un fond photographique aux Archives Départementales des Bouches-du-Rhône.
L’auteur vit depuis 2008 à Marseille et est représentée par l’agence coopérative PictureTank (Paris).
Maison Flotte: Flore
Cette série propose un Orient vu par FLORE entre imaginaire et réalité, entre intimité et illusion ; une vision différente et poétique de pays qui font la Une des journaux depuis plusieurs mois avec une actualité souvent douloureuse.
Ces photographies sont nourries à la fois de l’enfance égyptienne de l’artiste et des grands textes littéraires, des Lettres de Lady Duff-Gordon au Quatuor d’Alexandrie de Lawrence Durell en passant naturellement par Le voyage en Egypte de Gustave Flaubert où déjà se mêle l’invention photographique.
Nostalgie d’une époque où le lent voyage vers l’Orient mystérieux, était à la fois initiatique et synonyme d’aventure.
Composée de tirages Noir & Blanc argentiques réalisés par l’artiste, virés au Sélénium, de formats 20x20 et 15x15, cette série est le résultat de plusieurs voyages autour du bassin méditerranéen (Tunisie, Égypte, Syrie, Turquie, Maroc, Tunisie, Andalousie).
C’est une invitation au voyage que l’artiste nous offre ainsi dans la plus pure tradition orientaliste, images d’un rêve que la modernité ne saurait altérer.
Artiste photographe franco-espagnole, née en 1963, FLORE vit et travaille actuellement à Paris.
Elle est représentée par la Galerie Sit Down/Paris, la Blanca Berlin Galeria/Madrid, la Galerie 127/ Marrakech et la Galerie Wada-Garou/Tokyo.
Ses séries, qui se réalisent sur le long cours, souvent lors de voyages, sont acquises ou présentés dans différentes institutions prestigieuses comme le Musée du Petit Palais, le MMP+ de Marrakech, le Mémorial du camp de Rivesaltes, la2photomed Bibliothèque Nationale de France ainsi qu’à l’occasion d’événements internationaux comme Photo London, Fotofever Paris et Bruxelles, Marrakech Art Fair, Daegu Art Fair ou la Snif Art Fair de Osaka.
Sa série « Une femme française en Orient » a fait l’objet d’un livre aux éditions Postcart à l’occasion de l’exposition à l’Hotel de Sauroy lors du Mois de la Photo 2014.
En 2016 son nouveau livre « Lointains souvenirs » autour de l’enfance de Marguerite Duras en Indochine est édité aux éditions Contrejour.
FLORE utilise principalement la photographie argentique qu’elle travaille parfois avec des ajouts de matière comme de la cire, de l’or ou de l’aquarelle avec un soin tout particulier apporté aux tirages. En parallèle de son activité artistique, FLORE est une pédagogue reconnue qui donne régulièrement des workshops. Elle dé nit son univers poétique et atemporel comme un acte politique, qui est sa façon de se positionner face au « faisceau de ténèbres qui provient de son temps », comme dit Giorgio Agamben.

Atelier des artistes: Michaël Duperrin
L’Odyssée est l’histoire d’un homme mû à la fois par le désir du retour chez lui et par une insatiable curiosité qui le pousse à faire des détours et rencontrer l’autre. Ulysse tient les deux bouts de son désir, même si le prix en est dix années d’errance. Si cette vielle histoire nous parle encore, c’est qu’elle traite de questions universelles particulièrement d’actualité: l’identité, l’altérité, l’hospitalité.  Michael se rend dans les lieux supposés des aventures d’Ulysse, en tissant des correspondances entre passé mythique et réalité présente. Il s’agit d’explorer le réel par le prisme de l’épopée pour questionner le présent et interroger le mythe dans son actualité. L’expérience durera les dix ans que met Ulysse à retrouver Ithaque. C’est un voyage à travers des strates multiples, entre l’ici et l’ailleurs, le maintenant et l’hier, le réel et la ction, la littérature et la photographie, la Méditerranée et un bloc de temps de 3 000 ans. A la recherche du monde, de soi et de l’autre.
Cette exposition réunit pour la première fois deux ensembles :
L’Autre monde (2011-2016) regroupe les épisodes de l’Odyssée qui confrontent Ulysse au non- humain : Enfers, Sirènes, monstres et dieux... Ces photographies sont tirées en cyanotype car il n’y a pas de mot pour «bleu» dans la langue d’Homère. L’adjectif qui plus tard désignera un bleu foncé se trouve dans l’Odyssée, mais avec un autre sens : il y renvoie au monde de la Nuit, c’est-à-dire à l’Autre monde. «L’îledel’oubli»,premiervoletduMondedel’autre (2016-2020) soulève les questions des migrations humaines, de l’exil et du souvenir ou de l’oubli d’où l’on vient.
Naufragé et retenu sur l’île de Calypso, Ulysse a le mal du pays et pleure chaque soir en regardant la mer. Cela se serait passé près de Ceuta où d’autres gens aujourd’hui regardent vers Gibraltar : ce sont les migrants qui tentent de rejoindre l’Europe...
«L’île de l’oubli» est réalisée avec le soutien du Festival Photomed.
Né à Toulouse en 1972, Michaël vit et travaille entre Marseille et Paris.
Il se tourne vers la photographie après des études de cinéma, une formation à l’atelier Re exe, au Centre Jean Verdier et un Master 1 d’Arts Plastiques à Paris 8.
A la frontière de l’intime et du mythe, ma pratique de la photographie tente de donner forme
à l’invisible et à l’être, d’en faire surgir la trace, la présence. Après des études de cinéma, j’ai choisi la photographie tout en gardant la question du temps au cœur de mes préoccupations.
La photographie m’a d’abord parue semblable à l’expérience d’Orphée aux Enfers. Il en ramène Eurydice au monde des vivants, mais transgresse l’interdit qui lui a été donné : alors qu’il est
sur le seuil du monde des vivants, il se retourne pour la regarder. Eurydice, encore aux Enfers, redevient une ombre qui s’efface. Orphée tente de la retenir mais sa main se referme sur le vide. Pendant dix ans la photographie s’est jouée pour moi sur ce seuil entre présence et absence, passé et présent. Mes deux premiers livres ont ainsi été liés à la mort de proches. Puis, les deuils bouclés, est venu le temps de passer à autre chose. J’ai alors croisé chez Dante la gure d’Ulysse, qui résonnait pour moi avec une ancienne et profonde attirance pour la Méditerranée comme avec le besoin d’explorer le monde. C’est ainsi qu’a lentement muri le projet de refaire l’Odyssée. Ma photographie est aujourd’hui animée par un soucis croissant du réel et d’en documenter l’expérience.

Salle Barthélémy de Don: Gérard Rondeau
Disparu brutalement le 13 septembre dernier, Gérard Rondeau a traversé son époque à la recherche non de ce qui se voit mais de ce qui se ressent. À ses débuts il a parcouru la France et sa Champagne-Ardenne natale à la recherche des secrets et des non-dits. Il a publié un livre sur son ami le peintre Paul Rebeyrolle, chroniqué la vie à Sarajevo pendant le siège et dressé un portrait du Maroc contemporain dans un brillant dialogue avec la peinture de Delacroix. Pendant quinze ans il a accompagné les missions de Médecins du Monde.
Commissaire d’exposition :
Simon Edwards
Ce qui l’intéresse ce sont les traces laissées par la vie des personnes ordinaires, les moments furtifs, la mémoire des lieux. Fasciné par la Première Guerre mondiale, il a inventorié, en compagnie de l’écrivain Yves Gibeau, les champs de bataille, les monuments et les blessures encore visibles in igées au paysage.
Gérard Rondeau était aussi un remarquable portraitiste. Avec un regard neutre, parfois austère, il nous offre une vision très personnelle des artistes et écrivains qu’il a côtoyés. Photographe sensible, il instaurait par sa présence une relation d’écoute et de con ance avec tous ceux qu’il rencontrait.
La MEP lui a consacré une rétrospective en 2015, à la suite de laquelle Gérard Rondeau a tenu à faire don d’un ensemble de 60 tirages représentatifs de son œuvre. Une exposition de son travail sur le Maroc a été présentée en 2012 à Sanary-sur- Mer dans le cadre du festival.
Photomed tient à lui rendre hommage aujourd’hui en présentant une sélection de photographies issue de la collection de la MEP, qui dévoile le regard d’un homme intuitif, imposant, comme dit le titre d’un de ses livres : Le silence et rien alentour.

Allée d’Estienne d’Orves
Hans Silvester est mondialement connu pour son livre sur les chats des Îles grecques. Avant de faire son reportage, il avait pris le temps de visiter ces îles a n de trouver celles où les chats sont nombreux et où le décor se prête à la photographie. Dans l’archipel du Dodécanèse, entre La Crète et Rhodes, il n’a pas élu Karpathos pour ses chats, mais pour... son pain.
L’île très pauvre, rocailleuse, aride, a été abandonnée par les jeunes qui sont partis vers l’Amérique et c’est ainsi que s’est préservée la vie rurale traditionnelle aux aspects intemporels.
Comme il y est allé à toutes les saisons, même l’hiver, où il était le seul étranger, il a lié avec les habitants du village d’Olymbos des contacts beaucoup plus étroits que ne le font les touristes. Ils lui ont offert leur con ance et donné à voir leur quotidien. Entre autres, chaque famille fait son pain avec le blé qu’elle a semé, récolté, moulu.
Il a photographié le travail dans les champs et la boulange, en costume traditionnel, à l’aide d’ustensiles qui n’ont pas changé depuis des siècles, entre les mains de femmes au visage rougi par la chaleur du four où cuit leur pain. On manque de bois sur Karpathos ; la chaleur du four n’est donc jamais gaspillée et on en pro te pour mettre à cuire un gigot, ou faire sécher des fruits. Puis les pains sont bénis lors des fêtes religieuses selon la tradition orthodoxe. À tour de rôle, les familles offrent au pope une grosse miche qu’il partage ensuite entre les dèles.
Ce travail documentaire s’inscrit dans une approche personnelle de Hans qui nous témoigne de son rapport aux autres mais également à la nature et au temps. Son extraordinaire empathie lui permet de créer un rapport intime et respectueux avec tous
ceux qu’il rencontre et de nous entrainer à sa suite dans leur univers. On peut voir en lui le premier militant écologiste à s’être emparé de l’outil photographique comme d’une arme de persuasion : qu’il saisisse les derniers rites des peuples primitifs d’Éthiopie ou les traditions grecques, il le fait toujours en immersion, ce qui le conduit à photographier aussi les animaux et la nature qui constituent le cadre de vie de ceux qui l’accueillent. Amoureux de la Terre, son œuvre est un tout qui nous dit la beauté du monde et témoigne d’une grande indépendance. Hans Silvester ne cherche jamais l’effet, il choisit ses sujets et se laisse porter par la chance. Il est l’essence du photographe, compteur à la manière des troubadours voyageurs, se faisant messager et laissant au spectateur le soin de s’interroger sur le propos de ses images : garder la mémoire d’un monde qui disparait ou dénoncer par contraste une vision inquiétante de l’évolution des sociétés ?

Plus d'infos: http://festivalphotomed.com/

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