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Les artistes étrangers à Sanary (1925-1940) sujets d'une journée d'étude par l'Académie du Var

Sanary - Culture vendredi 30 octobre 2015

Alors qu'une exposition sera consacrée par la Médiathèque Jacques Duhamel sur l'Académie du Var du 3 au 14 novembre, cette même Académie en partenariat avec 1exilesla commune propose un colloque ouvert à tous le samedi 7 novembre au Théâtre Galli autour des artistes étrangers à Sanary entre 1925 et 1940. Le président de l'Académie du Var Jacques Keriguy aux côtés de Gérard Garcia (agrégé de l'université), Jean Picano (agrégé de l’université) et Yves Stalloni (docteur d'Etat ès lettres, professeur de chaire supérieure) a présenté ces journées d'étude vendredi après-midi aux côtés du maire Ferdinand Bernhard et de l'élue à la médiathèque Eliane Thibaux.

Depuis plusieurs années la commune œuvre pour ce devoir de mémoire, et cette partie de l'histoire sanaryenne avec les artistes exilés est source de nombreuses études à l'étranger, le maire faisant mention d'une du New-York Times voilà quelques années autour du colloque international à Sanary de 2005 sur l’œuvre de Lion Feuchtwanger: "Je suis très heureux de cette manifestation car il est encore important de se rappeler encore aujourd'hui que l’arbitraire, la xénophobie ont conduit à des choses abominables. Nous tenons à ce devoir de mémoire. En consacrant une journée d’étude aux « artistes étrangers à Sanary entre 1925 et 1940 », l’Académie du Var nous fait découvrir ou redécouvrir cette page importante de l’histoire de notre cité, qui rejoint la grande Histoire, celle de l’exil, de l’incertitude..." Quant à Jacques Keriguy il a salué la démarche entreprise voilà plusieurs années par la ville "qui concerne Sanary, le département et bien plus loin. Cela fait un an que nous travaillons ensemble sur ces journées d'étude, qui seront suivies d'une publication car il est très important d'en conserver une trace". Yves Stalloni  précisant: "Nous n'avons pas voulu être exhaustif sur le sujet, car il est impossible de tout évoquer. Je tiens à souligner que ces conférences seront ouvertes à tous, on veut s'adresser au plus grand nombre, et on a voulu aborder plusieurs dimensions, historique, artistique, littéraire, en englobant des anglo-saxons. Chaque conférencier apportera sa pierre à l'édifice, des éclairages différents". Cette manifestation s'est montée avec le concours du service patrimoine de la commune avec Amandine Alivon et Marjorie Béraud, sachant que la commune dispose d'un important fonds sur le sujet. De même la médiathèque y a été pleinement associée et proposera même une exposition consacrée à l'Académie du Var entre le 3 et le 14 novembre, ce qui fera dire à Jean Picano: "Je suis touché de l'attention de la commune à notre égard, c'est la première fois qu'une ville s'intéresse à notre association et y consacre même une exposition. Je salue la politique de la ville qui fait beaucoup pour la culture". Rendez-vous donc le vendredi 6 novembre à 18h pour la soirée inaugurale et l'ouverture de l'exposition sur l’Académie du Var à la Médiathèque Jacques Duhamel puis le samedi 7 novembre  au Galli de 9h à 12h et de 14h à 17h30 pour une série de conférences qui s'annoncent passionnantes (voir le détail ci-dessous).

D.D

Présentation de la journée du samedi 7 novembre:
9h30 - 12h
Ouverture du colloque par Ferdinand Bernhard et Jacques Kériguy
Gilbert Buti : Allemagne, années trente : la nazification de la culture
Docteur d’État en histoire, professeur des universités
L’arrivée au pouvoir en 1933 du parti national-socialiste entraîne une étroite surveillance de la vie culturelle allemande. Pour les nazis il s’agit de détruire les institutions culturelles qui symbolisent la république de Weimar. Des bibliothèques sont épurées, des ouvrages détruits et des oeuvres d’art censurées. Des intellectuels et artistes sont déchus de leur nationalité, quelques-uns sont internés tandis que de nombreux autres quittent l’Allemagne. De 1933 à 1939, des Allemands, mais aussi des Autrichiens et des Tchèques, choisissent la Côte d’Azur comme refuge. En quelques années, la côte varoise reçoit plusieurs centaines d’écrivains et d’artistes étrangers. Sanary accueille alors une véritable petite colonie de réfugiés à dominante allemande.
• Philippe Granarolo : Les Intellectuels et le nazisme
Agrégé de l’Université, docteur d’État en philosophie, professeur de chaire supérieure
Ce colloque rend hommage aux rares intellectuels qui ont fui l’Allemagne nazie et sont venus s’installer à Sanary pour échapper à la monstrueuse idéologie qui enfermait ce pays sous un couvercle de plomb. Mais il m’a semblé nécessaire, ne serait-ce qu’à titre de contrepoint, d’évoquer la séduction opérée par le nazisme
sur la majorité des intellectuels allemands. Pour expliquer cette séduction, une présentation rapide de ce qu’il est convenu de dénommer le « romantisme allemand » sera nécessaire. Nous pourrons ensuite décrire la collaboration active de l’Université allemande avec le mouvement national-socialiste, avant de conclure
sur la question fondamentale de la « langue du IIIème Reich ». C’est sans doute parce qu’ils ne s’inscrivaient ni dans le Umvolkungsfähig (« apte à l’intégration dans le peuple »), ni dans le Umvolkungswürdig (« digne d’être intégré dans le peuple »), que les intellectuels auxquels est consacré ce colloque ont dû trouver refuge à Sanary. Mais on ne nous empêchera pas de regretter que des intellectuels qui n’avaient a priori rien à craindre des nazis soient aussi peu entrés en résistance contre un régime que toute la culture européenne dont ils étaient les enfants aurait dû amener à combattre.
• Gérard Garcia : Aldous Huxley et les Anglais à Sanary
Agrégé de l’Université
Bien avant que Sanary et Bandol ne deviennent le refuge que l’on sait pour les intellectuels allemands et autrichiens qui fuyaient le nazisme, ce petit coin de la côte avait été découvert par des artistes et écrivains de différentes nationalités attirés par la beauté du site, en particulier quelques auteurs de langue anglaise.
Certains essayaient aussi d’échapper à leurs problèmes personnels, d’autres recherchaient un lieu paisible propice à l’inspiration. Ce fut le cas de Katherine Mansfield, D.H. Lawrence et Sybille Bedford qui y ont séjourné et écrit, mais surtout d’Aldous Huxley qui a composé à Sanary son remarquable Meilleur des Mondes et a fréquenté les exilés allemands et autrichiens entre 1933 et 1937.
• France Gobrecht : La vie quotidienne des exilés à Sanary
Professeur certifié (allemand)
Entre 1933 et 1940, un grand nombre d’intellectuels allemands, autrichiens trouve refuge à Sanary. En effet, le 30 janvier 1933, Hitler prend le pouvoir. Or, beaucoup sont juifs, donc chassés de leur pays, pour une courte durée, espèrent-ils, et la France les accueille. Pour la population de Sanary, ce sont de simples touristes, euxmêmes considèrent ce séjour comme des vacances forcées mais productives. Cependant, il se prolonge. Les oeuvres de ces écrivains ne sont plus éditées en Allemagne, leurs comptes en banque sont bloqués ou dissouts, ils sont déchus de leur nationalité. La population les regarde alors avec de plus en plus de méfiance jusqu’à la déclaration de guerre par la France le 3 septembre 1939. D’hôtes accueillis puis tolérés, ils deviennent soudain des ressortissants ennemis que la France enferme dans des camps.

14h30 - 17h30

• Pierre Sanson : Franz Werfel ou l’itinéraire d’un Juif errant
Agrégé de l’Université
Lorsque le couple Werfel s’installe à Sanary en 1938, Franz Werfel est déjà mondialement connu comme
poète, dramaturge et romancier. Né à Prague, il s’est voué très jeune à la poésie et à l’opéra ; il est parallèlement fasciné par le christianisme. Sa rencontre avec Alma Mahler Gropius bouleverse sa vie. Elle ne cache pas son antisémitisme et le couve comme un enfant maladroit. En pestant, il trouve refuge dans la création littéraire. Deux romans fort denses lui confèrent une célébrité mondiale : Les quarante jours du Musa Dagh (Mont de Moïse) - allusion au génocide arménien - et Le chant de Bernadette en signe de gratitude pour la fuite réussie en Amérique via les Pyrénées. Il meurt à Beverly Hills en 1945 d’une dernière crise cardiaque
fatale. Les années passées en Amérique lui ont permis d’échapper à l’emprise très forte d’Alma, ont constaté
ses amis.
• Jean Picano : Thomas Mann, Alfred Rosenberg et le mythe de Joseph et ses frères
Agrégé de l’Université
On ne lit pas L’Histoire de Joseph comme les autres romans de Thomas Mann. Le Prix Nobel de littérature a
transformé Joseph, le fils de Jacob, en un mythe, seul capable de répliquer aux nazis. Hitler a fanatisé l’Allemagne et Alfred Rosenberg, son ami, a écrit un ouvrage que Mann ne peut accepter, Le Mythe du XXe siècle. Ce livre est l’un de ces outils capable de transformer des agneaux en loups. Joseph et ses frères a pour but de montrer la force du pardon et de la réconciliation dans la fraternité humaine, quels que soient les temps et les conflits. Mann donne l’exemple d’un homme pur et humble qui n’abandonne pas les siens. Il les nourrit et les abrite tout en respectant leurs croyances et leurs caractères. La patrie de Joseph est la liberté.
• Jean Perreau : Sanary et la modernité artistique
Expert en peinture, historien de l’art
De nombreux artistes modernes, français et étrangers, en général des habitués du café du Dôme à Montparnasse, y séjournèrent plus ou moins longtemps, si bien que l’on a parfois qualifié Sanary de « Montparnasse sur-Mer ». Aux côtés des peintres qui s’y installèrent, Moïse Kisling, Erich Klossowski, David Seiffert, on note le passage de Wilhelm Thöny, Rudolf Levy, Hans Purrmann, Heinrich Brüne, Emil Orlik. Dans les années 1930, Walter Bondy, Eugen Spiro, Anton Räderscheit, Lou Albert-Lasard y trouvèrent un refuge
provisoire. Les foyers de la modernité toulonnaise, l’atelier d’Olive Tamari et la galerie Le Trident de Bruno
Bassano ont aussi contribué au développement d’une modernité loin d’être acceptée par un public toujours
sous le charme des paysagistes provençaux traditionnels.

• Jean-Yves Bry (Avocat honoraire): Le Juif Süss de Lion Feuchtwanger, du livre au film
Lion Feuchtwanger (1884-1958), qui a séjourné à Sanary de 1932 à 1940 et fut interné au Camp des Milles, a
publié en 1925 le roman Le Juif Süss. Vendu à plus de trois millions d’exemplaires, ce fut un « best-seller ».
S’inspirant d’un de ces Juifs de cour que l’on trouvait au XVIIIe siècle en Europe, l’auteur comble à sa façon les
lacunes de sa biographie, y ajoutant maintes considérations sur le rôle des Juifs dans la société. Écrivain engagé dans la lutte contre l’antisémitisme, l’arrivée des nazis au pouvoir en 1933 le contraint à l’exil. À la demande de Goëbbels, le cinéma allemand produit en 1940 un film portant le titre du roman, mais pour faire un portrait caricatural des Juifs et prôner insidieusement ce qui sera la « solution finale ». On examinera le détail de cette adaptation-trahison.
• Gilbert Buti : De Sanary au camp des Milles ou la grande désillusion
Docteur d’État en histoire, professeur des universités
En septembre 1939, à la suite de la déclaration de guerre, le gouvernement français décide de regrouper les
étrangers originaires de l’Empire allemand. Les réfugiés établis dans le Var sont rassemblés à Toulon, puis
conduits aux Milles, près d’Aix-en-Provence. Ils sont placés, avec la majorité des réfugiés présents en Provence, dans une tuilerie désaffectée. Après l’offensive allemande (mai 1940) le camp est transformé en camp d’internement. Une tentative d’évacuation par train, de près de 2000 internés, échoue. En novembre 1940, le camp des Milles devient un camp de transit et connaît une forte croissance des effectifs. Des récits d’internés, comme celui de Feuchtwanger, et une importante production artistique témoignent des difficiles conditions d’existence. En août 1942, le gouvernement de Vichy transforme le camp en centre de déportation. Les troupes allemandes s’emparent de la tuilerie en décembre 1942 et la transforment en dépôt de munitions. Depuis 2012, l’ancien camp est un site-mémorial qui abrite un important musée historique.
• Yves Stalloni : Conclusion
Agrégé de l’Université, docteur d’État ès lettres, professeur de chaire supérieure
Les neufs communications qui nous ont été proposées au cours de cette journée ne prétendaient pas fournir une étude exhaustive du sujet, ni se substituer aux travaux déjà réalisés et parfois publiés sur ces quinze années qui ont marqué l’histoire de Sanary. Comme toujours dans un colloque, nous avons été tenus de faire des choix et amenés à délaisser certaines pistes intéressantes, des élargissements possibles et à ne pas accorder la place qu’ils méritaient à certains auteurs ou artistes, tel que René Schikele, Ludwig Marcuse, Wilhelm Herzog, Franz Hessel et quelques autres. Ces manques ou ces oublis auront l’avantage de ne pas épuiser la question et de permettre à d’autres chercheurs de prolonger le travail fourni aujourd’hui par les membres de l’académie du Var, de l’appronfondir, de l’améliorer sans doute.

• 17h30. En guise d’épilogue
Claire Bodin et Anna Veyrenc – Une facette d’Alma Schindler-Mahler : la compositrice

 

EXPOSITION du 3 au 14 novembre: La Médiathèque Jacques Duhamel organise une exposition sur l’Académie du Var, pour mieux connaître et comprendre cette association.

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